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Fondation Nimba 20 ans

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bangoura

 

Mais... la traduction est ici:

Les 20 ans de la Fondation Nimba

Le 28 octobre, la Fondation Nimba fête ses 20 ans.

Nous n'avons pas le temps d' organiser une grande fête car les membres de la direction et les bénévoles sont toujours très occupés par la continuité et le futur du centre Nimba, l'école pour les enfants avec un handicap physique.

En revanche, nous avons fait un beau petit fascicule rempli de photos des dernières 20 années. Ingeborg Beugel y a fait un interview de notre directrice Marijke et de notre secrétaire et trésorière Nelly.

Regardez et lisez vous-mêmes!

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'Maman Marek et Maman Nelly'

Le jubilé des 20 ans de la Fondation Nimba

Elles ne sont pas habituées à être le centre de l'attention. Elles sont assises, un peu gênées, l'une à côté de l'autre: deux femmes bien présentes, cheveux courts, lunettes bien ajustées.

"Il s'agit des enfants, pas de nous'' murmurent-elles un peu mal à l'aise. Elles n'aiment pas trop cette attention qu'on leur porte. Mais cette fois-ci, elles ne peuvent pas se dissimuler: les deux sœurs Marijke Clabbers-Klein (69 ) et Nelly Klein ( 66) ont créé la Fondation Nimba il y a 20 ans et sont depuis Le Moteur d'une école pour les enfants guinéens qui ont un handicap physique. En ce moment, il y a 80 élèves, un nombre qui, il y a deux dizaines d'années à Conakry- capitale immense de la Guinée-aurait paru impossible à atteindre.

Lorsque nous avons commencé, nous devions chercher sans fin les enfants avec un handicap dans les bidonvilles .Grâce à des intermédiaires, nous apprenions où se trouvait un enfant, la plupart du temps caché dans un coin, plus ou moins banni par sa famille, ou parfois en train de mendier quelque part. Le vendredi après-midi, à côté de la mosquée, c'était un bon endroit. Marijke se souvient que les parents envoyaient leurs enfants là-bas car les Musulmans , après la Grande Prière, font toujours l'aumône aux mendiants. Avec l'aide d'un médecin de FMG (Fraternité Médicale Guinée), elles entreprirent de vraies recherches pour trouver les filles et les garçons avec un handicap. Une fois qu'elles les avaient trouvé, il était difficile de convaincre les parents d'envoyer leurs enfants handicapés à l'école.

En Guinée, les enfants avec un handicap sont stigmatisés: ils sont considérés comme les enfants du diable, comme des hors-castes, des bons à rien, comme une plaie pour leur famille.

Par définition, ils ne vont pas à l'école et sont condamnés à mendier toute leur vie. Ils n'ont pas le choix.

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Marijke et Nelly- toutes deux mariées et mère de famille- découvrirent combien les enfants handicapés de Guinée étaient défavorisés, au contact d' Alpha Camara, un musicien guinéen, avec qui Marijke prenait des cours de djembé. Tout simplement, à Arnhem. Là où elle habite. Elle ne savait rien de la Guinée, sinon que c'était un pays extrêmement pauvre et coincé entre le Libéria et la Sierra Leone, en Afrique de l'Ouest. Dans les années '90, Alpha organisa avec Marijke des voyages dans son pays d'origine pour les élèves , afin qu'ils goûtent sur place l'art de la percussion. Nelly les accompagna une fois et c'est ainsi que l'aventure commença.

Nelly: ' Nous étions avec notre petit groupe de musique, dans un village de pêcheurs, lorsqu'une adorable petite fille, vêtue d' une robe rouge, se mit à ramper dans notre direction. Elle s'appelait Bangoura. C'était terrible car elle avait eu la polio et elle ne pouvait plus étendre ses jambes. Mais si l'on avait sectionné les tendons de son aine, elle aurait pu se redresser à l'aide d'un appareil orthopédique et marcher ensuite avec des béquilles.

Nous avons tous donné de l'argent et payé son opération. Elle était si heureuse. Elle avait enfin une vie.

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Cela restera gravé à jamais dans notre mémoire. Bangoura, c'est elle qui fut l'origine de notre aventure."

Les deux sœurs hochent de la tête en se regardant, c'est comme si elles ne font qu'un, l'espace d'un instant.

Elles décidèrent qu'il fallait agir. La Guinée, pays 7 fois plus grand que les Pays-Bas, 11 millions d'habitants dont 1,7 dans la capitale, compte 700.000 personnes handicapées. Toute initiative n'est qu'une goûte d'eau dans l'océan. Pourtant, faire quelque chose, aussi petit que cela soit, c'est mieux que de ne rien faire. Elles louèrent un terrain qui appartenait à Alpha et à sa famille, aux abords de la capitale. En 1994, Marijke et Nelly créèrent la fondation Nimba - le nom d'une déesse de la fertilité guinéenne- et se démenèrent pour trouver donateurs et sponsors. Cela réussit miraculeusement. À part l'argent qu'elles reçurent de donateurs particuliers et de diverses écoles, le Fond Liliane, le Lions Club, le Efteling et bien d'autres instances encore les aidèrent également.

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Elles commencèrent par la construction des salles de classe et de La Grande Salle que l'on pourrait louer pour organiser fêtes et évènements , ce qui rapporterait un peu d'argent.

La construction se déroulait lentement et s'arrêtait lorsque l'argent de l'année était épuisé. Puis les sœurs devaient imaginer une nouvelle campagne ludique pour récolter plus d'argent.

En Guinée, les paysans portent une sculpture de la déesse Nimba sur leurs épaules pour qu'elle veille à de bonnes récoltes.

Le slogan de départ "Prêtez vos épaules pour soutenir Nimba" est toujours d'actualité.

Munies d'une patience d'ange et luttant contre les écueils, elles tinrent bon.

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Tout, à Conakry, était et reste difficile: le trafic est un désastre, les routes sont presqu'impraticables , ce qui fait que les autos et les bus sont constamment en panne. La plus grande partie de la journée, il n'y a pas d'électricité, les ouvriers des entreprises de construction ne viennent pas car ils n'ont pas de moyens de transport et une certaine mentalité - bureaucratie surréaliste, corruption à tous les niveaux, superstition et croyance en la sorcellerie- est parfois désespérante. Sans parler des effets de la dictature militaire.

Marijke, rayonnante: "Nous avons énormément appris grâce à tout ça. Lorsque, malgré tous les obstacles, on parvient à son but, cela nous renforce. De plus, notre réalisme occidental , ce n'est pas tout non plus ; cela a aussi ses limites.

Le Centre Nimba et son école, ce n'est pas une mince affaire. Bien que petit et modeste - et sans les proverbiaux millions et la célébrité de personnes comme par exemple Angelina Jolie, Oprah Winfrey ou Bill et Melinda Gates- sa création est une prestation olympienne. Justement parce qu'il est de dimension petite et abordable .

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L'école a ouvert ses portes en 1999, les premiers élèves terminèrent leurs études en 2003. Marijke et Nelly en chœur: ' C'était absolument le sommet' .Elles tressaillent de joie, leurs yeux pétillent , elles se complètent ou se contredisent, comme des tambours africains. Leurs récits s'entrecoupent. Nelly: "Les mêmes parents qui ne voulaient pas envoyer leurs enfants à l'école et qui exigèrent même une compensation parce que leurs 'petits mendiants' ne ramenaient plus d'argent s' ils allaient à l'école, oui, oui ceux-là mêmes arrivèrent les bras chargés de cadeaux : des calebasses pleines de riz, des billets de banque qui ne valaient rien mais c'était pour le geste et ils dansèrent et chantèrent pour nous.'

Marijke: Vous auriez dû voir les enfants. La première fois que nous les avons découverts ,ils étaient cachés dans des petits coins et derrière des murets, ils avaient honte de leur handicap , ils ne nous regardaient pas et ils n'osaient rien dire. Maintenant, ils babillent sans cesse. Certains ont subi des opérations simples et la qualité physique de leur vie s'est grandement améliorée . Ils étaient si fiers de pouvoir apprendre des choses : parler le français, lire, écrire, calculer et aussi parce qu'ils étaient devenus 'quelqu'un': cordonnier, tailleur, maroquinier.

Les années passèrent à toute vitesse. les programmes scolaires s'améliorèrent, on cultiva même du riz pour les repas quotidiens- pour la plupart des élèves, l'unique repas de la journée- , de nouveaux bus furent acquis pour transporter les élèves à l'école ainsi que des machines à coudre , des panneaux solaires et un tracteur.

Page 8 et 9 .

ICI HABITENT NOS ÉLÈVES

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L'imagination et le talent pour l'improvisation ne manquèrent pas! Nous en avons la preuve grâce à une pile touchante de comptes-rendus de la Fondation Nimba, de 1996 - couleur blanc-cassé, photos noir - blanc, papier rugueux -, jusqu'en 2013 - joyeuses photos colorées, papier brillant - . Les petits fascicules sont remplis de petits miracles, trop nombreux pour les décrire tous. Il est bien sûr difficile de diriger un projet lorsqu'on est à 4000 kilomètres de distance. Marijke et Nelly sont obligées de compter sur le personnel local. Une fois, il y eut un incident: le nouveau directeur prit pour son propre compte une partie du profit de la récolte de riz. Il a été licencié immédiatement, début 2012, ainsi que quelques professeurs qui étaient au courant de l'affaire.

Marijke ferme un instant les yeux et soupire: 'À ce moment-là, on est devant un dilemme: faut-il le raconter aux donateurs, oui ou non?'

Nelly rétorque : 'Je trouve que l'on doit rester transparents. Et les donateurs ont le droit de savoir comme les choses sont parfois difficiles et inextricables.'

Elles écrivirent une lettre aux sponsors et aux donateurs pour les mettre au courant. Certains retirèrent leur soutien à Nimba, la plupart restèrent fidèles et augmentèrent leur aide financière grâce à laquelle on a pu engager une nouveau directeur, le merveilleux Balla Kante. Il est l'actuel directeur et donne un nouvel élan au Centre Nimba. Il est un chanteur guinéen connu. Il a vécu plusieurs années en Allemagne et dédie maintenant sa vie et prête sa notoriété aux enfants de Nimba.

Grâce à sa direction enthousiaste, l'école a déménagé en 2012.

Alpha étant décédé il y a quelques années, sa famille ne voulait plus louer au Centre Nimba le terrain au prix modeste convenu avec lui. Le contrat d'une durée de 15 ans ne fut pas renouvelé. L'école et la Grande Salle durent être vidées et Nimba se retrouva tout d'un coup à la rue, au milieu des vacances d'été.

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Marijke: 'Quel souci, nous étions désespérées'.

Nelly: 'Nous ne savions pas si nous pouvions continuer le projet en octobre 2012. Nous ne dormions plus en pensant aux enfants qui comptaient sur leur école: comment leur raconter tout ça? Tout s'arrangea. Balla trouva un nouvel endroit, dans un meilleur quartier et plus facilement atteignable.

Cette année-ci fut aussi une année difficile. Le printemps dernier, le virus Ebola fit son apparition et bloqua le pays. La vie renchérit. Pendant les vacances d'été, notre directeur Balla tomba gravement malade. À cause du virus Ebola, presqu'aucun hôpital ne voulu l'accepter. Désastre pour désastre, le Fond Liliane, après 20 ans de soutien, décida de laisser tomber le Centre . La raison est que le Fond a décidé de ne plus soutenir aucun projet en Guinée.

En ce moment, la Guinée est l'un des pays abandonnés: presque plus aucune instance néerlandaise ou organisation, sans parler d'un ministère , ne donnent un centime à la Guinée . Personne n'en parle dans les médias. Mais grâce à nos donateurs et à un don de dernière minute, les leçons ont pu reprendre. On a pu acheter du matériel scolaire et nous avons assez d'argent pour les repas et pour le diesel des bus.

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Nelly: ' Écoute, c'est le stress parfois!' et Marijke avec un clin d'œil: ' Et entre temps, nous ne sommes plus toutes jeunes!'.

Et la suite? Pensent-elles à leurs successeurs? Quels utopistes oseraient reprendre Nimba après les deux sœurs? Personne ,répondent-elles en riant.

Nelly, sérieuse: 'L'intention est que Nimba soit indépendant d'ici à 5 ans. Il y a aussi une fondation en Guinée. Certains donateurs ou sponsors l'ont exigé. La fondation, qui est sur place, peut faire des projets qui rapporteront de l'argent. Une option serait d'acquérir un terrain (3 ha) où l'on pourrait réaliser une ferme avec des poules pour la production des œufs, un jardin biologique, un restaurant et quelques huttes pour les touristes. On pourrait vendre dans un petit magasin les vêtements réalisés par les étudiants et des produits faits à l'école. Nous avons eu la visite du Ministre guinéen des Affaires Sociales et il nous promis qu'il achèterait l'école et qu'il nous en fera la donation. Nous avons de plus en plus de notoriété car, grâce à Balla, nous passons régulièrement à la télévision guinéenne.

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Les élèves musiciens qui forment le groupe 'Les Stars de Nimba' sont de bons ambassadeurs du Centre Nimba. Ils prouvent par ce qu'ils font entendre et voir ,qu'ils ont plus de capacités que de mendier. Marijke, un peu fatiguée: 'Mais cela va très lentement. Le ministre a fait toutes sortes de promesses mais il ne s'est rien passé jusqu'à présent. Nous devons trouver une solution structurelle car nous ne sommes pas éternelles.'

Marijke et Nelly se taisent un instant, elles regardent plus loin en avant...quel est le futur de Nimba, qu'adviendra-t-il de leurs protégés? Quel est le but atteint , avec Nimba, par les deux sœurs, dans cet océan de détresse? Que signifient ces 80 adolescents par année face aux 700.000 personnes handicapées dans toute la Guinée?

Marijke, avec une flamme dans les yeux: 'J'avoue que ce nombre ne veut rien dire, c'est ridiculement peu. Mais il s'agit de beaucoup plus qu'un chiffre, il s'agit d'un changement de mentalité. Grâce à Nimba, les enfants avec un handicap ne sont plus considérés comme totalement inutiles. Nimba est la preuve qu'avec un enseignement scolaire et un apprentissage, les jeunes sont capables de bien plus que de mendier, qu'à la place d'être une source de gêne et de honte, ils peuvent être une source de fierté et d'orgueil.'

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Grâce à Nimba, certains enfants avec un handicap vont même à l'école normale au lieu d'être comme avant , cachés à la maison. C'est tout de même extraordinaire!

Et Nelly, visiblement satisfaite : 'Le nombre ne me dit pas grand chose. Chaque enfant aidé compte. Nimba, après 20 ans , est une grande famille, et la joie des enfants justifie tout. Cela en vaut la peine.

Marijke parle encore un peu de cet esprit familial élargi.' C'est très africain, naturellement. Cela a ses avantages et ses désavantages. Ah, ici nous sommes tout simplement Marijke et Nelly, mais là-bas, nous sommes Maman Marek et Maman Nelly. Il y a tout un monde et une histoire caché derrière ces appellations. Et cela, personne ne pourra jamais nous le prendre'.

Ingeborg Beugel

Photo: Bangoura , jeune fille consciente d'elle-même.